Il est trop simpliste de se focaliser sur Pekin et Shanghai

Michael Lai, chef des fonds asiatiques pour GAM, recherche des perles locales peu connues des investisseurs occidentaux. En Asie, il privilégie la Corée et se veut prudent sur l'Inde.

A Hong Kong depuis 13 ans, Michael Lai est à même de prendre ses distances avec les opinions faussement répandues sur l'Empire du Milieu.

A la tête des fonds asiatiques de GAM, avec quelque 2 milliards de dollars sous sa responsabilité, l'expert ne craint pas une érosion du processus de libéralisations, ainsi que les derniers gestes de Pékin le laisseraient supposer. «Dans le cadre de l'OMC, la Chine doit ouvrir ses services financiers à la concurrence. L'entrée des groupes étrangers va se poursuivre», déclare-t-il lors d'une interview avec Le Temps.

Atterrissage en douceur

La grande question aujourd'hui, à son avis, c'est l'atterrissage en douceur de la Chine. La croissance redescendra-t-elle à 8%? Michael Lai parie sur une version optimiste du scénario. Les Bourses prennent de la hauteur, mais les excès d'évaluation de mai dernier sont encore loin. Sur le plan saisonnier, la période de novembre à février est d'habitude la plus favorable. Pour appuyer ses dires, il souligne son attitude haussière par le fait d'avoir couvert ses positions à la vente. «Les actions asiatiques aiment la croissance économique.»

Le risque d'éclaboussure asiatique d'une récession américaine a plongé les Bourses émergentes dans le doute en mai dernier. Le stratégiste minimise toutefois le risque de contagion par la faible part d'exportations vers l'Amérique (17%) et la demande interne à l'Extrême-Orient. L'expert est d'autant plus constructif que les entreprises devraient continuer de fournir une croissance des bénéfices d'au moins 20%.

L'esprit embrumé des médias occidentaux à propos de l'Empire du Milieu incite Michael Lai à secouer quelques fausses idées. «On dit que ce sont des marchés difficiles. La Chine, en l'occurrence, est mal comprise. L'Occidental, dans une attitude trop simpliste, se focalise sur Pékin et Shanghai. S'il envisage une baisse de l'immobilier dans une mégapole, il l'extrapole à tout le pays. Or la Chine est une mosaïque de régions disparates. J'en tiens compte dans mes décisions.»

Découvrir des perles locales

Le brasseur Shin Tao, par exemple, n'est pas le meilleur instrument pour jouer la consommation chinoise. Le groupe doit multiplier les frais de promotion de sa marque nationale dans toutes les régions. Cela pèse sur ses marges. Mieux vaut découvrir des perles locales parvenues à éviter la concurrence des géants de Pékin et Shanghai.

La taille est cruciale dans d'autres domaines de l'économie, par exemple les services financiers, selon Michael Lai. GAM participe d'ailleurs à l'introduction en Bourse record de ICBC, un IPO à 22 milliards de dollars. L'émission a été sursouscrite dix fois. Le titre est «correctement évalué, mais mon horizon est à long terme». L'assurance est aussi un secteur à fort potentiel. GAM y investit à travers China Life, bien qu'il vienne d'y prendre une partie de ses bénéfices.

Le style d'investissement de notre interlocuteur marie la sélection de titres à l'analyse macroéconomique pour mieux réussir dans les méandres de ce continent. Chaque marché a ses propres clés. En dépit des aléas du court terme, GAM tente de profiter de thèmes durables, tellle la croissance des services de consommation, nourrie par l'augmentation des richesses dans les pays asiatiques.

Les portefeuilles asiatiques de GAM sont prioritairement investis dans les titres de consommation, de la santé à la formation en passant par la promotion immobilière.

Entre les différents pays, Michael Lai préfère la Corée du Sud, 24%, devant la Chine 21%, Taïwan 19%, Singapour 12%, Hong Kong 12% et finalement l'Inde, avec seulement 3%. «Les bonnes nouvelles sont déjà dans les cours en Inde; le multiple des bénéfices futurs atteint 17 fois, contre 12-13 fois ailleurs».

En Corée, l'expert combine de grands noms, tels que Samsung Electronics, Hynix, Kookmin Bank et des sociétés de moindre taille. Mais GAM est peu confiant à l'égard des petites sociétés technologiques. D'ailleurs, à côté des facteurs politiques, c'est la forte pondération technologique de la Corée et de Taïwan qui explique aussi le retard de performance de ces marchés.

Matériel informatique

Sur le plan sectoriel, les actions technologiques marchent moins bien qu'à Wall Street. Contrairement au Nasdaq, l'Asie est dominée par des groupes d'infrastructure («hardware») plutôt que de logiciel. Le continent excelle dans les solutions bon marché plutôt que dans le contenu intellectuel du service. Pourtant, signe de l'importance de la sélection des valeurs, les deux principaux actifs du portefeuille sont des groupes d'infrastructure de Taïwan, Honhay et High Tech Computer, des sociétés qui progressent par acquisitions et qui affichent des marges supérieures à la concurrence.

La montée en puissance des groupes asiatiques se traduit par des rachats de groupes occidentaux. Le schéma tend à s'accélérer. Mais peu d'acquisitions réussissent, faute d'une bonne compréhension des différences culturelles, selon Michael Lai. Il n'est pas aisé d'intégrer les entreprises européennes, de réduire l'emploi et délocaliser en Asie. BenQ Corp, à Taïwan, qui avait repris les portables de Siemens (SIE.XE), peut en témoigner. «Il est naïf de croire que l'on peut venir en Europe avec un modèle d'affaires asiatique». Un meilleur avenir devrait sceller les rachats entre sociétés asiatiques.

Source: Letemps.ch



 

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