Un genevois organise la plus grande foire d’art en asie
La Grand Palais à Paris vit en ce moment au rythme de la Foire internationale d'art contemporain (FIAC). Comme chaque année, le grand déballage attire sur lui les regards des marchands et des galeries internationales. Et partant, suscite aussi les occasions de focaliser l'attention.
C'est hier, à l'Hôtel Crillon, que le galeriste genevois Pierre
Huber
et l'ancien directeur de la Foire de Bâle, Lorenzo Rudolf, dévoilaient
officiellement Shanghai Contemporary, une foire mammouth d'art
contemporain installée au cœur de l'Asie. La première du genre à voir
le jour en Chine, où les milieux des affaires se précipitent désormais.
Un projet ambitieux qui veut s'imposer, d'ici à cinq ans, dans le
peloton de tête des grands rendez-vous du marché. Et pourquoi pas comme
la plus importante foire d'art contemporain tout court, devant celle de
Bâle, pour l'heure principal pôle d'attraction des collectionneurs du
monde entier. Bref, Shanghai Contemporary s'attaque à de gros morceau.
Têtes chercheuses
Pierre
Huber le sait mieux que personne, lui qui a tenu les rênes du grand
rendez-vous bâlois pendant dix ans. Il a donc mis les formes. Et
convaincu le comité de la Foire de Bologne, «qui connaît bien la Chine
pour y avoir déjà organisé des foires, mais jamais de ce genre», de
s'associer à cette aventure asiatique.
Car du côté de l'Empire
du Milieu, le business reste étroitement contrôlé par le gouvernement.
Il a fallu obtenir une licence d'exploitation du Ministère de la
culture et trouver un lieu. Un palais des années 50 en l'occurrence,
dont les 12 000 m2 s'élèvent en plein centre-ville, «en face des grands
hôtels et des magasins de luxe. Shanghai a un côté glamour que Pékin
n'a pas», s'enthousiasme le
galeriste.
C'est là que
s'ouvrira, le 5 novembre 2007, la première édition de cette
manifestation qui veut encourager les Occidentaux «à découvrir la
richesse de l'art d'Asie orientale». Tout en éveillant les velléités
d'achats chez les collectionneurs du cru. «En cela, cette foire ne
s'intéressera pas uniquement aux artistes chinois, mais à tous ceux
qui travaillent en Asie. Elle montrera aussi, mais dans une moindre
mesure, des travaux occidentaux», précise encore Pierre Huber.
Pour
ce faire, les organisateurs peuvent compter sur une batterie de têtes
chercheuses – des advisers, dans le jargon – réparties un peu partout
sur le continent. «Des artistes, des galeristes, des commissaires
d'exposition et des directeurs de musée qui prospectent pour nous et
nous tiennent au courant. Après, nous lancerons des invitations.»
Contrairement
aux foires classiques, Shanghai Contemporary ne prend aucune
inscription. «C'est le comité qui décide qui peut venir exposer. Cela
nous assure un gage de qualité et évite les listes d'attente», explique
le marchand genevois. Sauf que tous les pays ne possèdent pas de
structures capables de promouvoir leurs créateurs. Nommée «Discoverer»,
une section de la foire invitera ces artistes, tous frais payés. Mais
une seule fois. Comprenez que le plasticien doit du premier coup
trouver un partenaire financier.
Les musées chinoisent
A
voir de loin le boom économique qui secoue l'Asie, on imagine le volume
financier assez ahurissant de ce nouvel eldorado de l'art contemporain.
«Le potentiel reste difficile à estimer. Mais en 2007, la Chine aura
ses premiers milliardaires, cela dit sans compter ceux d'Hongkong.»
Des
fortunes fortement incitées à investir dans les œuvres. «En 1996, il
n'y avait que deux marchands dans toute la Chine. Aujourd'hui il y en a
200, rien qu'à Pékin. Même les collectionneurs privés commencent à
construire leur propre Kunsthalle», raconte Pierre Huber. Sans parler
des grands musées européens, que cette dynamique orientale intéresse
beaucoup. Au point que le Centre Beaubourg de Paris et la Tate Modern
de Londres projettent chacun d'y ouvrir leurs antennes.
Ce qui
est sûr, c'est qu'en Europe et aux Etats-Unis, le niveau record du
marché empêche certains collectionneurs… de continuer à collectionner.
Pour l'heure, l'Asie reste un havre préservé qui compte beaucoup
d'artistes excellents. Mais les affaires vont déjà très vite. Des noms
parfaitement inconnus il y a encore quelques années commencent à
chiffrer gentiment. «Il y a trois ans, j'ai acheté à New York une œuvre
de l'artiste indien Subodh Gupta pour 13 000 dollars. Elle vient tout
juste de passer en vente au prix de 200 000 dollars.»
Source: La Tribune de Genève

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