Un genevois organise la plus grande foire d’art en asie

  • Associé à Lorenzo Rudolf et à la Foire de Bologne, Pierre Huber lancera le 5 novembre 2007 Shanghai Contemporary.
  • La manifestation veut prendre, d’ici à cinq ans, la tête des grands rendez-vous mondiaux du marché de l’art.
  • Les artistes asiatiques cartonnent. Certains ont vu le prix de leurs œuvres multiplié par seize en trois ans.

La Grand Palais à Paris vit en ce moment au rythme de la Foire internationale d'art contemporain (FIAC). Comme chaque année, le grand déballage attire sur lui les regards des marchands et des galeries internationales. Et partant, suscite aussi les occasions de focaliser l'attention.

C'est hier, à l'Hôtel Crillon, que le galeriste genevois Pierre
Huber et l'ancien directeur de la Foire de Bâle, Lorenzo Rudolf, dévoilaient officiellement Shanghai Contemporary, une foire mammouth d'art contemporain installée au cœur de l'Asie. La première du genre à voir le jour en Chine, où les milieux des affaires se précipitent désormais. Un projet ambitieux qui veut s'imposer, d'ici à cinq ans, dans le peloton de tête des grands rendez-vous du marché. Et pourquoi pas comme la plus importante foire d'art contemporain tout court, devant celle de Bâle, pour l'heure principal pôle d'attraction des collec­tionneurs du monde entier. Bref, Shanghai Contemporary s'attaque à de gros morceau.

Têtes chercheuses

Pierre Huber le sait mieux que personne, lui qui a tenu les rênes du grand rendez-vous bâlois pendant dix ans. Il a donc mis les formes. Et convaincu le comité de la Foire de Bologne, «qui connaît bien la Chine pour y avoir déjà organisé des foires, mais jamais de ce genre», de s'associer à cette aventure asiatique.

Car du côté de l'Empire du Milieu, le business reste étroitement contrôlé par le gouvernement. Il a fallu obtenir une licence d'exploitation du Ministère de la culture et trouver un lieu. Un palais des années 50 en l'occurrence, dont les 12 000 m2 s'élèvent en plein centre-ville, «en face des grands hôtels et des magasins de luxe. Shanghai a un côté glamour que Pékin n'a pas», s'enthousiasme le
galeriste.

C'est là que s'ouvrira, le 5 novembre 2007, la première édition de cette manifestation qui veut encourager les Occidentaux «à découvrir la richesse de l'art d'Asie orientale». Tout en éveillant les velléités d'achats chez les collectionneurs du cru. «En cela, cette foire ne s'inté­ressera pas uniquement aux artistes chinois, mais à tous ceux qui travaillent en Asie. Elle montrera aussi, mais dans une moindre mesure, des travaux occidentaux», précise encore Pierre Huber.

Pour ce faire, les organisateurs peuvent compter sur une batterie de têtes chercheuses – des advisers, dans le jargon – réparties un peu partout sur le continent. «Des artistes, des galeristes, des commissaires d'exposition et des directeurs de musée qui prospectent pour nous et nous tiennent au courant. Après, nous lancerons des invitations.»

Contrairement aux foires classiques, Shanghai Contemporary ne prend aucune inscription. «C'est le comité qui décide qui peut venir exposer. Cela nous assure un gage de qualité et évite les listes d'attente», explique le marchand genevois. Sauf que tous les pays ne possèdent pas de structures capables de promouvoir leurs créateurs. Nommée «Discoverer», une section de la foire invitera ces artistes, tous frais payés. Mais une seule fois. Comprenez que le plasticien doit du premier coup trouver un partenaire financier.

Les musées chinoisent

A voir de loin le boom économique qui secoue l'Asie, on imagine le volume financier assez ahurissant de ce nouvel eldorado de l'art contemporain. «Le ­potentiel reste difficile à estimer. Mais en 2007, la Chine aura ses premiers milliardaires, cela dit sans compter ceux d'Hongkong.»

Des fortunes fortement incitées à investir dans les œuvres. «En 1996, il n'y avait que deux marchands dans toute la Chine. Aujourd'hui il y en a 200, rien qu'à Pékin. Même les collec­tionneurs privés commencent à construire leur propre Kunst­halle», raconte Pierre Huber. Sans parler des grands musées européens, que cette dynamique orientale intéresse beaucoup. Au point que le Centre Beaubourg de Paris et la Tate Modern de Londres projettent chacun d'y ouvrir leurs antennes.

Ce qui est sûr, c'est qu'en Europe et aux Etats-Unis, le niveau record du marché empêche certains collectionneurs… de continuer à collectionner. Pour l'heure, l'Asie reste un havre préservé qui compte beaucoup d'artistes excellents. Mais les affaires vont déjà très vite. Des noms parfaitement inconnus il y a encore quelques années commencent à chiffrer gentiment. «Il y a trois ans, j'ai acheté à New York une œuvre de l'artiste indien Subodh Gupta pour 13 000 dollars. Elle vient tout juste de passer en vente au prix de 200 000 dollars.»

Source: La Tribune de Genève

 

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