Deux projets à Shanghai dans le monde de l'art
La France avait déjà tenté de créer à Hongkong, avec l'aide d'un promoteur privé, un ambitieux équipement multiculturel - dont un musée d'art contemporain - en liaison avec le musée Guggenheim de New York. L'opération avait échoué. Aujourd'hui, alors que le Guggenheim et le Musée d'art moderne de New York (MoMA) sont aussi en piste pour s'implanter en Chine, le Centre Pompidou joue solo. Les autorités de Shanghaï lui ont proposé plusieurs sites. Celui qui tient la rampe est situé dans l'arrondissement de Luwan (ancienne concession française), l'un des plus chics et des plus centraux de Shanghaï et fief de Han Zheng, numéro un du parti à Shanghaï et maire de la ville, pour l'instant épargné par le scandale qui a conduit au limogeage de son prédécesseur en septembre.
Trois bâtiments, dont une ancienne caserne de pompiers, devraient recevoir une extension de 4 000 m2, construite "par un grand architecte", dit-on de sources locales. Le projet occuperait quelque 10 000 m2. Il s'agit, explique M. Racine, de présenter un "dialogue entre les arts asiatiques et des arts occidentaux", notamment à partir des collections du Centre Pompidou. Des expositions, programmées par les Français, seraient montées chaque année en liaison avec les Chinois.
Ce projet rencontre plusieurs obstacles. Il serait une première car il n'existe pour l'instant pas de statut pour les institutions culturelles étrangères en Chine. Il s'agit de trouver un modus operandi entre le Centre Pompidou, les pouvoirs publics et un promoteur. La faisabilité dépend du promoteur privé qui sera prêt à investir dans la construction et à l'accompagner alors que la ville et l'arrondissement apportent le terrain et du personnel.
Shanghaï dispose de plusieurs musées publics, dont le Musée de Shanghaï et le Musée des beaux arts, ainsi que, depuis 2005, de deux musées privés, le Zendai Museum of Modern Art, créé par un riche promoteur chinois à Pudong, et le Moca, un musée d'art contemporain fondé par l'homme d'affaires hongkongais Samuel Kung, le roi de la jade. Ces deux dernières institutions souffrent d'un manque de professionnalisme, dans un contexte culturel qui, en matière d'art contemporain, en est à ses premiers pas : "Les délégations de musées étrangers défilent à Shanghaï sans arrêt, avec une image dont elles pensent qu'elle leur ouvrira les portes, explique Davide Quadrio qui, avec sa galerie Bizart, fait partie des pionniers de l'art actuel à Shanghaï. Mais c'est compliqué de développer un projet à grande échelle. La politique culturelle est encore peu mature, soumise aux contraintes d'un système politique et économique très particulier."
Un autre projet, marchand celui-là, est ficelé. Le Suisse Lorenzo Rudolf, qui a fait, à partir de 1991, de la Foire de Bâle la meilleure du monde, crée une foire à Shanghaï. Elle devrait avoir lieu du 6 au 9 septembre 2007. Shanghaï possède déjà une biennale d'art contemporain. Lors de sa sixième édition, qui finit le 5 novembre, Rudolf a été "frappé de voir une file d'attente colossale. Des jeunes, qui, dans bien des cas, ont fait leurs études à l'étranger, et qui ont soif du style de vie occidental."
Il ajoute, pragmatique : "On estime à 320 000 le nombre de millionnaires en dollars en Chine. Un marché de l'art international va se créer en Asie. Ils le feront, avec ou sans nous. Shanghaï est la porte de la Chine sur le reste du monde, notamment l'Asie et le Pacifique. Pour un habitant de Melbourne, de Séoul, de Tokyo ou de Kuala Lumpur, pour un Indien, Shanghaï est une destination de week-end. Nous allons offrir le meilleur à l'élite économique."
Pour offrir le meilleur, la foire de Shanghaï aura une spécificité : elle sera sur invitation. " Nous ne choisirons que les projets les plus performants, entre 80 et 120, dans le meilleur des cas, concentrées sur l'art d'après-guerre et le design, prévient Lorenzo Rudolf. Une galerie qui imaginerait se débarrasser en Chine de ses fonds de stocks serait éliminée l'année suivante."
Les
partenaires de l'opération sont, outre la mairie de Shanghaï, le
marchand et collectionneur suisse Pierre Huber, en charge de l'aspect
artistique, et la foire italienne de Bologne, à travers son président,
Luca Cordero Di Montezemolo, qui préside aux destinées de Fiat et de
Ferrari.
Source: Le Monde

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