Le plan prévoit un grand transfert des priorités d'infrastructures et d'investissements des villes vers la campagne.
Réorienter
l'investissement du gouvernement pour créer une " nouvelle campagne
socialiste" a été déclaré "tâche majeure historique" dans le 11ème plan
quinquennal de développement (2006- 2010) présenté par le Premier
ministre Wen Jiabao dans son rapport d'activité lors de la session
annuelle de l'Assemblée populaire nationale (APN, parlement chinois) du
5 au 13 mars dernier à Beijing.
Le recteur de l'Institut de
l'agriculture et du développement rural basé à Beijing et annexé à
l'Université populaire de Chine a indiqué que le plan avait une
signification pratique et réaliste " car la stratégie est basée sur des
recherches solides et approfondies dans les régions rurales".
"C'est
certainement un moyen d'aider les paysans à augmenter leurs revenus.
Une augmentation substantielle de leurs revenus pourra faire avancer la
consommation intérieure, qui entrave toujours le développement
économique du pays", a dit le professeur Wen Tiejun, un expert reconnu
du monde rural chinois.
Une récente enquête sur ce que les
paysans attendent de la création d'une nouvelle campagne socialiste a
été réalisée par l'Institut du journalisme et de la communication, et
le département de sociologie de l'Université de Nanjing dans l'est de
la Chine.
Les enquêteurs ont rassemblé 940 questionnaires
envoyés dans 10 villages ordinaires et dans 10 villages-pilotes choisis
spécialement à travers le pays, plus 156 entretiens détaillés. Les
résultats montrent que 54,6% des réponses insistent sur l'importance
d'accroître les revenus. Et 19,5% des sondés envisagent de trouver du
travail en ville.
L'enquête a aussi établi que 81,9% estimaient
que les taxations agricoles annuelles n'étaient pas si lourdes.
Pourtant, leurs revenus actuels diminuent car les prix des engrais, des
pesticides et des semences augmentent.
Bien que la Chine soit
par tradition un pays agricole avec plus de la moitié de sa population
qui est rurale, l'industrialisation et l'urbanisation ont éclipsé les
autres secteurs dans l'agenda du gouvernement ces dernières décennies.
Le résultat, observe le professeur Wen, est que le développement de la
Chine rurale n'a pas suivi le même rythme que celui des régions
urbaines.
Le plan de la nouvelle campagne indique que le
gouvernement devra accorder une attention égale, si ce n'est plus
grande, à la campagne et redresser la Chine rurale sur la base des
sciences et des technologies, a dit M. Wen. "Quoi qu'il arrive, la
prospérité de la campagne aura un grand et profond impact sur
l'édification d'une société harmonieuse", a-t-il ajouté.
Le
critère officiel de la nouvelle campagne, selon le Premier ministre
Wen, est "des forces productives accrues, un niveau de vie plus élevé,
un style de vie civilisé, un environnement ordonné et propre et une
administration démocratique".
"Cette vision a défini le plan de
la nouvelle campagne comme une politique systématique, qui reflète
clairement la pensée du gouvernement qui cherche à résoudre le "San
Nong Wenti"-- les trois problèmes de l'agriculture, de la campagne et
des paysans auxquels la Chine est confrontée", a indiqué le professeur
Wen.
Pourtant, Li Changping, qui occupait le poste de chef du
parti du canton de Qipan du Hubei pendant 17 ans ne voit rien de
particulier dans cette stratégie.
"La nouvelle campagne ne
signifie pas simplement la construction de nouvelles routes, de
nouvelles maisons et de nouvelles toilettes", a souligné M. Li, un
expert reconnu en développement rural.
Le professeur Wen n'est
pas d'accord avec M. Li. D'après lui, le projet de la nouvelle campagne
a mis l'accent sur quelques " problèmes fondamentaux". Le premier est
l'importance d'une bonne interaction entre les régions rurales et
urbaines et l'harmonisation des communautés rurales. Pour l'instant,
l'agriculture biologique est encouragée et la campagne peut ainsi
fournir des aliments sains aux villes, ce qui lui assure un
développement durable.
En deuxième, le plan donne la priorité
aux efforts pour améliorer le système de la sécurité sociale. Des
paysans dont un membre de la famille est tombé malade ou dont l'enfant
est admis dans un établissement d'enseignement supérieur sont devenus
pauvres. "Nous devons disposer d'un système de sécurité sociale solide
pour s'attaquer à ces problèmes", a dit le professeur Wen.
En
troisième, le plan vise à transformer les régions rurales en
communautés séduisantes et confortables pouvant séduire tant les ruraux
que les urbains.
Le professeur Pan Wei, directeur du centre de
recherches sur la Chine et le reste du monde dépendant de l'Université
de Pékin ( Beijing), compare cette nouvelle tentative à "une seconde
révolution rurale" depuis 1979, au cours de laquelle avait été lancé le
système des contrats passés avec les familles paysannes.
Cette
réforme d'il y a 27 ans a entraîné deux changements significatifs dans
la vie des paysans: l'augmentation de leurs revenus et l'élevation de
leur pouvoir d'achat. L'apparition des entreprises rurales est une
nouvelle force et les entreprises publiques peinent à satisfaire la
demande.
Le développement rural dans les années 1980 avait pour
but d'industrialiser la campagne. Les trois élements-clés dans
l'agriculture: terre, travail et capital, ont été résolus pour
l'essentiel.
Les entreprises rurales ont embauché le surplus de
main-d'oeuvre de la campagne, leur confiant des travaux non- agricoles
pour ne pas les déraciner. Les villageois qui avaient de l'argent ou
maîtrisaient la technologie sont devenus actionnaires des entreprises
de leurs villages et un collectif d'entrepreneurs paysans a fait son
apparition. La croissance exceptionnelle des revenus des paysans a aidé
à réduire l'écart entre ville et campagne.
Cependant, seulement
un petit nombre de villages, principalement dans l'est, ont maintenu
une tendance au développement et sont restés riches, ont dit des
experts. Le développement rural de la grande majorité des villages a
stagné pendant l'urbanisation accélérée des années 1990.
Le
gouvernement central a décidé de débloquer cette année 339,7 milliards
de yuans pour les paysans, en hausse de 14,2% en glissement annuel. Une
grande partie sera consacrée à l'aménagement des écoles, à
l'amélioration de l'accès aux soins, et à des travaux publics tels que
la construction de route ou des travaux d'irrigation.
Les
infrastructures rurales sont à la traîne. Environ 7% des écoles rurales
menacent de s'effondrer, empêchant plus d'un million d'enfants de se
rendre régulièrement à l'école, selon le Southern Weekend de Guangzhou.
Les
sommes allouées au développement rural ne représentent que 8,9% du
budget total du pays, précise le professeur Pan Wei. " C'est une goutte
d'eau dans l'océan. C'est-à-dire que les dépenses nouvelles
n'accorderont que 7 yuans par habitant et par an", a-t- il ajouté.
Il
propose de développer des coopératives de paysans et de les aider à
entrer dans les domaines rentables comme la vente, l'achat, les
finances et les supermarchés.
Avec leurs propres organisations,
les paysans peuvent négocier effectivement avec d'autres entités
économiques et établir des relations contractuelles stables. La Chine
compte déjà 30 coopératives-phares.
Le système de services
sociaux est dans un état précaire. "Nous ne pouvons envoyer un médecin
ou un enseignant dans chaque village. Toutefois, nous devons préparer
les populations rurales à des aptitudes sociales nécessaires pour
supporter la modernisation urbaine, un plus pour la modernisation du
pays", souligne le professeur Ding Yuanzhu, de l'Institut de recherche
macroéconomique dépendant de la commission d'Etat pour le Développement
et la Réforme.
Edifier une nouvelle campagne socialiste, en
dernière analyse, c'est construire de nouvelles villes dans les régions
rurales, a fait remarquer l'observateur social Song Xiaojun de la CCTV.
" L'idée d'une nouvelle campagne est prometteuse sur le plan matériel
et culturel. La plupart vivent d'espoir et dans l'attente de la
prospérité", a-t-il dit.
"La ville et la campagne sont toutes
deux filles du gouvernement. A présent, le gouvernement appelle les
riches urbains à soutenir leurs soeurs rurales. C'est un espoir pour la
vaste campagne", a-t-il indiqué.
Une vendeuse de légumes dans le
nord de Beijing est tout à fait d'accord avec M. Song. "La vie dans mon
village de la région autonome de Mongolie intérieure (nord) est
ennuyeuse et terne", a dit Mme Li Xiuli.
Mme Li, 27 ans, n'était
jamais allée au cinéma avant son arrivée il y cinq ans à Beijing."Le
cinéma le plus proche se trouvait dans le chef-lieu du district à 30 km
de mon village. A Beijing, tout est divertissant, les supermarchés, les
centres commerciaux, les programmes de télévision et le reste."
Cependant,
selon le professeur Wen Tiejun, l'expérience internationale prouve que
l'urbanisation seule ne peut sauver la campagne. Pour exemple, prenons
la nouvelle campagne japonaise. Le gouvernement a dépensé 2 000
milliards de yens pour la répartition des terres agricoles au cours du
développement de son urbanisation. Il en résulte que l'économie des
petits paysans au Japon a perdu de sa compétitivité et est devenue
dépendante des subventions gouvernementales de plus en plus importantes
pour survivre.
Par ailleurs, la privatisation des terres
agricoles n'est pas une solution. "Pour la Chine, le problème à
résoudre est la contradiction du système: la séparation des régions
urbaines et rurales", a déclaré Ding Yunzhu, ajoutant que "le plan de
la nouvelle campagne est justement la clé pour résoudre ce problème".
Source: Xinhua
Comments