Grâce à « l'affaire » de Shanghaï, Hu Jintao veut remettre la main sur les leviers de l'économie.
Officiellement, «
la Chine maintient fermement sa politique d'ouverture et de réforme».
Shanghai, vitrine de la réussite sans complexe, n'aurait aucune raison
de s'inquiéter. Pékin vient même de lui donner le feu vert pour
accueillir, le 27 octobre, en duo avec Hongkong, ce qui se profile
comme la plus grande introduction en Bourse : jusqu'à 20 milliards de
dollars pour la Banque industrielle et commerciale (ICBC).
Mais
personne n'est dupe. Avec le limogeage du secrétaire du PC de Shanghaï
dans un retentissant scandale de corruption, le centre de décision est
revenu vers Pékin et les baronnies du capitalisme rouge sont en berne.
Pour s'attaquer de front aux revers du miracle économique et au risque
d'explosion sociale, Hu Jintao cède à la pulsion partagée des empereurs
et des théoriciens du PC : le contrôle, la centralisation, voire
l'autoritarisme.
La croissance à
10 % l'an, cruciale pour donner du travail à 25 millions de paires de
bras supplémentaires chaque année, n'est pas remise en cause. Mais le
pouvoir central entend la surveiller de près et la partager autrement.
La loi du marché et la délégation de pouvoirs, biaisées par les
intérêts confondus du
business et des cadres locaux, ne sont plus dans l'air du temps. Les technocrates du centre se sentent pousser les ailes.
L'enjeu : l'épargne des ChinoisCoup
sur coup Pékin vient de promulguer une série de mesures d'apparence
dispersée, mais dont le fil rouge est une reprise en main. La première
est la centralisation des fonds de retraite, jusqu'ici laissés à la
gestion souvent frauduleuse des municipalités et des entreprises
d'État.
La seconde est l'envoi dans les provinces de fonctionnaires «
de haut niveau »
afin de dresser le bilan de la spéculation immobilière. La troisième
est la décision d'obliger les grandes entreprises d'État à payer pour
la première fois des dividendes à leur actionnaire.
L'enjeu
commun, c'est l'énorme masse de l'épargne chinoise - celle des
particuliers, des banques et des entreprises - que l'Etat-Parti veut
replacer sous sa coupe. La «
surchauffe » de l'investissement,
qui agite tant les Occidentaux, n'est qu'une partie de l'équation. Pour
Hu Jintao et son credo de croissance «
harmonieuse », c'est
plutôt une question d'allocation des ressources. Entre la côte Est
surdotée en capital et l'intérieur laissé pour compte. Entre
l'exportation, moteur d'un investissement en surrégime, et la
consommation des Chinois qui persiste à patiner. Entre les villes qui
rêvent de Manhattan et les campagnes enlisées dans le tiers-monde. Vu
de Pékin, c'est une responsabilité qui n'appartient qu'à l'État.
La
Chine a-t-elle encore besoin d'un grand dessein technocratique ? Il est
sûrement légitime de demander aux grands groupes de contribuer par
leurs bénéfices au relèvement de l'hôpital et de l'école. Il est aussi
impératif que les banques prêtent à bon escient, plutôt que de
satisfaire le chef du parti local. Mais l'erreur serait d'oublier que
le miracle chinois s'est fait sans le parti unique et que ce dernier
reste l'obstacle n° 1 à une saine gestion.
Source: Le Figaro
Comments