Le scandale de Shanghai illustre les travers d'un système opaque
Depuis l'installation à Shanghaï en août d'inspecteurs de la Commission disciplinaire centrale du parti, se dessine une cartographie des pratiques dont se nourrit la transition économique chinoise. Au moins une dizaine de personnalités de l'élite de Shanghaï sont aujourd'hui interrogées par les enquêteurs, pour un détournement de fonds de près de 3 milliards de yuans (300 millions d'euros).
Comme les autres collectivités locales, Shanghaï reçut, à la fin des années 1980, la mission de gérer elle-même les retraites de ses quelque 17 millions de résidents. L'administration concernée crée d'abord une société mais subit de lourdes pertes. Pour plus de sécurité, les fonds sont confiés à un professionnel de la finance, la Shanghai Pudong Development Bank, qui s'engage sur un taux fixe de retour. Or la banque, liée au pouvoir local, va financer plusieurs projets immobiliers de grande envergure.
En 1997, le gouvernement central, conscient des dérives, impose que les fonds de pension soient placés dans des bons du Trésor. Le Bureau du travail et des affaires sociales de Shanghaï mettra plusieurs années à recouvrer les fonds confiés à la Pudong Development Bank, mais procédera à d'autres placements via de nouvelles entités. En outre, la caisse qui regroupe les contributions patronales n'est pas concernée.
NOUVELLES RÈGLES
Sont aujourd'hui éclaboussées par le scandale Shanghaï Electric, le fournisseur d'électricité de la mégapole, Fuxi Investment, qui a financé avec l'argent des retraites l'autoroute Shanghaï-Hangzhou, ou encore le groupe New Huangpu. Autre promoteur concerné, Shui On Land, la société de Hongkong qui a créé Xintiandi, un quartier "branché" au coeur de Shanghaï : elle vient d'annoncer le remboursement anticipé des prêts accordés par la Shanghai Pudong Development Bank.
Si Pékin a déjà fait savoir que de nouvelles règles allaient être mises en place, et que la gestion des fonds de pension pourrait être recentralisée, on peut douter que toute la lumière soit faite sur l'audit de Shanghaï. Déjà, la presse officielle se félicite que "presque toutes les sommes ont été récupérées". In fine, c'est le système politique qui serait mis en question par la population qui est exaspérée par les compensations à bas prix, les procédés mafieux des sociétés de démolition, le silence des médias locaux et l'impossible recours à la justice.
Mercredi 27 septembre, devant le Bureau du travail et des affaires sociales de Shanghaï, où ils manifestent chaque semaine depuis trois ans pour que leur pension soit relevée, des retraités avaient sorti un écriteau conciliant : "Nous soutenons la décision sage du gouvernement central contre les officiels corrompus." Un policier s'empressa de l'arracher.

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