En Chine, la lutte anticorruption conforte l'influence du president Hu Jintao

Une fois de plus, le régime pékinois vient de mettre en pratique le vieux proverbe chinois recommandant la méthode suivante : "Il faut tuer un poulet pour effrayer les singes." Le poulet, en l'occurrence, est Chen Liangyu, secrétaire du Parti communiste de Shanghaï limogé pour corruption, lundi 25 septembre. C'est un cacique d'importance puisqu'il était à la fois le numéro un du Parti communiste chinois (PCC) dans l'entité urbaine la plus prospère du pays et un membre du bureau politique.


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Depuis l'éviction et la condamnation à quinze ans de prison, en 1995, de Chen Xitong, l'ex-maire de Pékin, on n'avait pas vu un dignitaire aussi haut placé faire les frais d'une purge anticorruption. La nomenklatura de Shanghaï se retrouve sous haute surveillance : des policiers ont été déployés dans les ports et aéroports de la cité pour éviter la fuite de responsables soupçonnés tandis que les passeports des hauts dirigeants locaux ont été confisqués, selon les quotidiens hongkongais Ta Kung Pao (proche de Pékin) et Hongkong Economic Times.

La strangulation du poulet supposant qu'il y ait des singes à effrayer, le message envoyé par le président Hu Jintao, également chef du PCC, est limpide : il s'agit de réaffirmer la prééminence, urbi et orbi, de la direction centrale du parti auprès des provinciaux, dont les responsables ont tendance à prospérer dans leur jungle respective. Les observateurs voient dans ce limogeage hautement médiatisé en Chine une façon de dire aux gradés du parti que personne n'est à l'abri de la punition impériale et de démontrer au public qu'en ces temps incertains, où le rythme de la croissance creuse les inégalités, les "crimes économiques" ne resteront pas impunis.

Mardi, la presse s'est fait l'écho de l'événement, souvent en "une" des journaux. L'organe du comité central du parti, Le Quotidien du peuple, s'est offert le luxe de publier une page réservée aux commentaires des internautes. Il en a été de même sur le site de l'agence de presse Chine nouvelle, Xinhua.net, où l'on pouvait lire des réflexions du genre : "Le pouvoir absolu peut provoquer la corruption absolue. Il faut donc en finir avec le clientélisme, rendre au public la gestion des affaires publiques et veiller à la transparence dans la promotion des cadres..." M. Chen est aussi la première victime d'importance d'une campagne anticorruption déclenchée au printemps.

Des têtes tombent : en juin, le vice-maire de Pékin, Liu Zhihua, a été limogé pour corruption et "comportement dissolu" après avoir été notamment accusé d'entretenir à grand frais une concubine. Le même mois, le vice-chef d'état-major de la marine, Wang Shouye, qui était également membre du Comité permanent de l'Assemblée générale du peuple (ANP), a été démis de toutes ses fonctions pour "crime économique". En août, le directeur du bureau municipal du travail et des affaires sociales de Shanghaï, Zhu Junyi, a été écarté pour avoir touché des pots-de-vin et pioché dans la caisse de son département. La liste est non exhaustive.

VERS LE 17E CONGRÈS DU PARTI

Mais derrière la volonté affichée de purger les "ripoux", se cache le souci du président Hu d'assurer son contrôle de l'appareil : Chen Liangyu était non seulement le secrétaire du parti de la capitale économique de la Chine mais aussi le chef de file de la soi-disant "clique de Shanghaï", dont l'ancien président Jiang Zemin fut le patron. A l'approche du 17e congrès du parti, l'année prochaine, il s'agit pour Hu Jintao de se débarrasser des affidés de M. Jiang, dont l'influence reste importante à Shanghaï et même parmi les 24 membres du bureau politique. Mais le quotidien hongkongais The South China Morning Post estimait, mercredi, que le limogeage de l'ancien homme fort de Shanghaï indique que l'"ère de Jiang Zemin se clôt tandis que l'aube se lève vraiment désormais sur celle de Hu Jintao". La mainmise de M. Hu sur la direction collégiale du parti semble en effet en bonne voie.

Bruno Philip
(Le Monde)
 

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