Les banques étrangères partent à l'assaut des particuliers chinois
Le secteur bancaire chinois sera prochainement ouvert conformément aux accords signés à OMC.
J-5 mois. Les réformes du système financier chinois se poursuivent et d'ici au 12 décembre, l'ultime étape du processus d'ouverture du secteur bancaire chinois devrait avoir lieu avec l'harmonisation de la législation entre les banques locales et étrangères. Les salles de réunion de ces dernières continuent de plancher aux projets industriels les mieux adaptés pour profiter des futures évolutions législatives.
Lors de son entrée à l'Organisation mondiale du commerce le 11 décembre 2001, la Chine s'était engagée à libéraliser entièrement ce secteur d'activité dans les cinq années à venir. «Dès 2002, les banques étrangères ont été autorisées à opérer en devises auprès des résidents et des compagnies chinoises, rappelle Richard Yorke, le président de China HSBC. Deux ans plus tard, elles ont pu opérer en RenMinbi (la monnaie chinoise) auprès des entreprises locales. Dans six mois, l'ouverture totale du marché est attendue lorsque les banques étrangères, comme nous, pourront apporter des services en yuan et développer notre commerce de détail après des résidents chinois.»
Les particuliers chinois sont la clé de la réussite des banques étrangères dans le pays et ils sont l'objet de tous leurs désirs. Et pour cause: l'épargne nationale atteignait fin 2005 14100 milliards de yuans (1400 milliards d'euros), soit une moyenne de près de 1000 euros par habitant. Le terrain est donc particulièrement propice au développement de nombreuses activités financières comme les cartes de crédit, la gestion de fortune, etc.
Des barrières subsistent
Pour certaines entités, la meilleure solution semble se situer dans l'approche directe. HSBC a ainsi profité de son origine chinoise, la banque a été créée en 1865 à Shanghai et Hongkong, pour s'installer rapidement dans le pays. A travers douze succursales et onze sous-succursales, elle est aujourd'hui présente dans neuf villes.
Cette politique n'est pourtant pas accessible à tous. «Le 1er février 2002, une nouvelle réglementation avait établi qu'il faudrait un fonds d'opération de 600 millions de yuans (60 millions d'euros) pour l'ouverture d'une succursale destinée au commerce avec les particuliers chinois en décembre 2006, se souvient Han Qimeng, associé coresponsable du bureau de Shanghai du cabinet d'avocat Gide Loyrette Nouel. Ce montant a depuis été réduit à 400 millions de yuans.» Il n'est cependant que de 100 millions de yuans pour une banque chinoise.
Ces barrières déguisées semblent pour le moment fonctionner relativement bien. Selon un rapport du mois de février de Standart & Poor's, septante et une banques étrangères originaires de vingt pays opéraient à la fin octobre 2005 en Chine à travers 238 succursales. Elles ne représentaient pourtant que 2% de l'industrie chinoise en termes d'actifs et, malgré leur renommée et leur expérience, seulement 20% des prêts opérés en devises étrangères.
Pour éviter ses dépenses structurelles et leurs désagréments, il existe une seconde voie d'accès au marché des particuliers: la prise de participation dans une banque chinoise. En échange de leur expertise en matière de gestion, de marketing, etc., les banques étrangères espèrent profiter du réseau déjà existant de leur partenaire local. C'est le choix réalisé notamment par Royal Bank of Scotland. La banque écossaise a acheté l'année dernière pour 1,5 milliard de dollars un peu moins de 5% des parts de l'une des quatre banques commerciales historiques, Bank of China (BoC). Son objectif affiché lors de la signature: développer des joint-venture dans les activités des cartes de crédit, de la gestion de fortune, du corporate banking et de l'assurance dans les 11000 succursales chinoises de BoC. «Notre partenariat avec BoC inclura potentiellement des opérations en yuans et en livres sterling mais ce serait à travers leur réseau de succursales, l'un des plus grand en Chine», assure Carolyn McAdam, la directrice de la communication de RBS.
Le pari n'est pas mince: les «experts» étrangers pourront-ils changer les habitudes de gestion des banquiers, notamment en matière de prêt, afin d'empêcher les intrusions de considérations politiques au sein de décisions économiques qui retarderaient voire empêcheraient l'assainissement financier de ces mastodontes? Le cas de Lonnie Dounn est à ce propos peu rassurant. Un an après sa nomination en mars 2005 en tant que directeur du crédit de BoC, il a présenté sa démission. L'homme paraissait pourtant taillé sur mesure pour cette tâche: muté au sein de HSBC à Hongkong lors de la crise financière asiatique, il y avait gagné le surnom de «Mr. Non» grâce à sa capacité à résister aux demandes de prêts.
Banques de second plan privilégiées
Ces craintes expliquent sans doute pourquoi de nombreux groupes étrangers ont plutôt visé un visa d'entrée dans l'une des douze banques commerciales par actions ou l'une des banques urbaines de premier plan. Cette seconde stratégie n'est pas réservée aux banques mineures et la précédente aux banques majeures: le montant de l'investissement importe en effet moins que le projet industriel des dirigeants de chaque banque. La participation de 8% de HSBC dans Bank of Shanghai parallèlement à celle de 19,9% qu'elle détient dans Bank of Communications (la cinquième banque du pays) prouve bien qu'en connaisseur du marché, la banque britannique a choisi de ne pas placer tous ses œufs dans le même panier pour des raisons stratégiques. Le réseau de ces banques locales étant moins étendues que ceux des grandes banques nationales, les partenaires étrangers espèrent acquérir une prise plus directe sur la stratégie de l'entité et sur ses opérations quotidiennes, tout en limitant relativement le montant de leurs investissements initiaux. Même si, comme d'habitude en Chine, le risque demeure toujours présent.
Source: Le Temps
J-5 mois. Les réformes du système financier chinois se poursuivent et d'ici au 12 décembre, l'ultime étape du processus d'ouverture du secteur bancaire chinois devrait avoir lieu avec l'harmonisation de la législation entre les banques locales et étrangères. Les salles de réunion de ces dernières continuent de plancher aux projets industriels les mieux adaptés pour profiter des futures évolutions législatives.
Lors de son entrée à l'Organisation mondiale du commerce le 11 décembre 2001, la Chine s'était engagée à libéraliser entièrement ce secteur d'activité dans les cinq années à venir. «Dès 2002, les banques étrangères ont été autorisées à opérer en devises auprès des résidents et des compagnies chinoises, rappelle Richard Yorke, le président de China HSBC. Deux ans plus tard, elles ont pu opérer en RenMinbi (la monnaie chinoise) auprès des entreprises locales. Dans six mois, l'ouverture totale du marché est attendue lorsque les banques étrangères, comme nous, pourront apporter des services en yuan et développer notre commerce de détail après des résidents chinois.»
Les particuliers chinois sont la clé de la réussite des banques étrangères dans le pays et ils sont l'objet de tous leurs désirs. Et pour cause: l'épargne nationale atteignait fin 2005 14100 milliards de yuans (1400 milliards d'euros), soit une moyenne de près de 1000 euros par habitant. Le terrain est donc particulièrement propice au développement de nombreuses activités financières comme les cartes de crédit, la gestion de fortune, etc.
Des barrières subsistent
Pour certaines entités, la meilleure solution semble se situer dans l'approche directe. HSBC a ainsi profité de son origine chinoise, la banque a été créée en 1865 à Shanghai et Hongkong, pour s'installer rapidement dans le pays. A travers douze succursales et onze sous-succursales, elle est aujourd'hui présente dans neuf villes.
Cette politique n'est pourtant pas accessible à tous. «Le 1er février 2002, une nouvelle réglementation avait établi qu'il faudrait un fonds d'opération de 600 millions de yuans (60 millions d'euros) pour l'ouverture d'une succursale destinée au commerce avec les particuliers chinois en décembre 2006, se souvient Han Qimeng, associé coresponsable du bureau de Shanghai du cabinet d'avocat Gide Loyrette Nouel. Ce montant a depuis été réduit à 400 millions de yuans.» Il n'est cependant que de 100 millions de yuans pour une banque chinoise.
Ces barrières déguisées semblent pour le moment fonctionner relativement bien. Selon un rapport du mois de février de Standart & Poor's, septante et une banques étrangères originaires de vingt pays opéraient à la fin octobre 2005 en Chine à travers 238 succursales. Elles ne représentaient pourtant que 2% de l'industrie chinoise en termes d'actifs et, malgré leur renommée et leur expérience, seulement 20% des prêts opérés en devises étrangères.
Pour éviter ses dépenses structurelles et leurs désagréments, il existe une seconde voie d'accès au marché des particuliers: la prise de participation dans une banque chinoise. En échange de leur expertise en matière de gestion, de marketing, etc., les banques étrangères espèrent profiter du réseau déjà existant de leur partenaire local. C'est le choix réalisé notamment par Royal Bank of Scotland. La banque écossaise a acheté l'année dernière pour 1,5 milliard de dollars un peu moins de 5% des parts de l'une des quatre banques commerciales historiques, Bank of China (BoC). Son objectif affiché lors de la signature: développer des joint-venture dans les activités des cartes de crédit, de la gestion de fortune, du corporate banking et de l'assurance dans les 11000 succursales chinoises de BoC. «Notre partenariat avec BoC inclura potentiellement des opérations en yuans et en livres sterling mais ce serait à travers leur réseau de succursales, l'un des plus grand en Chine», assure Carolyn McAdam, la directrice de la communication de RBS.
Le pari n'est pas mince: les «experts» étrangers pourront-ils changer les habitudes de gestion des banquiers, notamment en matière de prêt, afin d'empêcher les intrusions de considérations politiques au sein de décisions économiques qui retarderaient voire empêcheraient l'assainissement financier de ces mastodontes? Le cas de Lonnie Dounn est à ce propos peu rassurant. Un an après sa nomination en mars 2005 en tant que directeur du crédit de BoC, il a présenté sa démission. L'homme paraissait pourtant taillé sur mesure pour cette tâche: muté au sein de HSBC à Hongkong lors de la crise financière asiatique, il y avait gagné le surnom de «Mr. Non» grâce à sa capacité à résister aux demandes de prêts.
Banques de second plan privilégiées
Ces craintes expliquent sans doute pourquoi de nombreux groupes étrangers ont plutôt visé un visa d'entrée dans l'une des douze banques commerciales par actions ou l'une des banques urbaines de premier plan. Cette seconde stratégie n'est pas réservée aux banques mineures et la précédente aux banques majeures: le montant de l'investissement importe en effet moins que le projet industriel des dirigeants de chaque banque. La participation de 8% de HSBC dans Bank of Shanghai parallèlement à celle de 19,9% qu'elle détient dans Bank of Communications (la cinquième banque du pays) prouve bien qu'en connaisseur du marché, la banque britannique a choisi de ne pas placer tous ses œufs dans le même panier pour des raisons stratégiques. Le réseau de ces banques locales étant moins étendues que ceux des grandes banques nationales, les partenaires étrangers espèrent acquérir une prise plus directe sur la stratégie de l'entité et sur ses opérations quotidiennes, tout en limitant relativement le montant de leurs investissements initiaux. Même si, comme d'habitude en Chine, le risque demeure toujours présent.
Source: Le Temps

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