A Shanghai, la fièvre immobilière s'est calmée

La capitale économique de la Chine a subi, fin 2005, une baisse sensible des prix de son secteur résidentiel. Le nombre de surfaces invendues augmente dans le pays.

Au milieu de ses cartons de déménagement, Qian Guoqiang reste pensif. Loin d'être excité à l'idée d'emménager dans son appartement flambant neuf, il songe surtout aux 280 000 yuans (28 000 euros) partis en fumée. Ce père de famille shanghaïen ne peut blâmer que la conjoncture. La baisse des prix qui touche le marché immobilier de Shanghaï depuis l'automne dernier a fait perdre à son appartement près de 20% de sa valeur en quelques mois. Lorsqu'il a signé le compromis de vente en mars 2005, son trois-pièces proche du centre ville valait 1,2 million de yuans. Il ne vaut plus que 1 million aujourd'hui.
 
Face à la menace de surchauffe qui planait sur son économie, le gouvernement chinois a pris des mesures l'an dernier visant notamment à calmer l'investissement immobilier. La correction n'a pas tardé. Après des années d'euphorie, la courbe des prix s'est finalement inversée. Pas d'éclatement de bulle pourtant, redoutée par les analystes du secteur, mais un réajustement important et «salvateur» selon Wong Bowen, consultant chez Jones Lang LaSalle à Shanghaï.
 
Dans une ville aussi hétéroclite que la métropole chinoise, composée de micro-marchés, il est difficile de dégager une tendance unique. Mais, en moyenne, Wong Bowen estime que les biens de l'immobilier résidentiel en centre-ville ont perdu au dernier trimestre 2005 entre 10 à 15% de leur valeur. La chute des prix aurait même atteint 30% dans certains quartiers périphériques. Selon les chiffres de la firme australienne, début 2006, les prix ont donné des signes de stabilisation par rapport à leur niveau de fin 2005. «Cette tendance devrait se confirmer cette année», estime Wong Bowen.
 
Réveil des transactions au premier trimestre
 
Pour le cabinet américain CB Richard Ellis, le prix du mètre carré s'est stabilisé en centre-ville à un peu moins de 2 000 euros en moyenne, pour descendre jusqu'à 450 euros dans les zones les plus excentrées. En prenant compte l'ensemble de la métropole, Jones Lang LaSalle fixe le prix du mètre carré à moins de 800 euros.
 
«Aujourd'hui, les investisseurs sont plus matures et dans le haut de gamme, les biens continueront à se vendre sans problème», prédit le consultant de la firme australienne. D'ailleurs, preuve que l'immobilier de Shanghaï semble avoir surmonté son passage à vide, le nombre des transactions a bondi au premier trimestre. Pour les biens «standards», elles ont doublé par rapport à la même période de l'an dernier.
 
«En 2005, le volume des transactions a considérablement diminué car les acheteurs attendaient la baisse tant annoncée des prix», confirme Wang Binghua, responsable d'une agence du groupe Zhongyuan, une des plus importantes en Chine. Ce réveil de l'activité immobilière réjouit les investisseurs, car, à l'échelle du pays, le secteur vit toujours une période difficile.
 
La presse officielle évoquait, fin avril, la frénésie de la construction, malheureusement toujours d'actualité, et la baisse des prix qui a touché la Chine au premier trimestre de cette année. Selon les chiffres officiels, un quart des surfaces construites dans le pays serait invendu. Le taux limite généralement admis étant de 10%.
 
Shanghaï s'en sort donc plutôt bien, au prix d'une correction du marché qui a été douloureuse pour les petits propriétaires mais aussi pour certaines agences. Wang Binghua se souvient «des cinq autres agences qui se sont installées dans la même rue que nous. Elles ont toutes fermé en 2005».

Source: Le Figaro
 

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