La Chine veut investir massivement à l'étranger
La décision d'assouplir d'un cran le contrôle des changes chinois a été annoncée le 14 avril, juste avant la visite du président Hu Jintao aux Etats-Unis, en réponse aux demandes insistantes des Américains en faveur d'une réévaluation du yuan : il s'agit en fait d'ouvrir un canal d'évidement pour le surplus de devises qui submergent l'économie chinoise, une appréciation brutale de la monnaie étant jugée trop déstabilisatrice par Pékin.
Dans la suite de son voyage aux Etats-Unis, qui l'a conduit en Arabie saoudite et en Afrique, Hu Jintao a-t-il voulu montrer l'exemple ? Sa "diplomatie du pétrole" passe semble-t-il par des investissements de plus en plus généreux : au Nigeria par exemple, la Chine s'est engagée à dépenser 4 milliards de dollars pour rénover et réparer une raffinerie nigériane en échange de droits d'exploitation dans le pays. La compagnie pétrolière chinoise Cnooc a, elle, déboursé 2,7 milliards de dollars pour entrer à 45 % dans une compagnie locale.
Après les pétrodollars, le monde va-t-il être submergé de "sino dollars" ? Les rachats de sociétés étrangères par des groupes chinois, qui ont connu quelques fiascos en 2005, pourraient en effet s'accélérer. Il faut dire que fin mars, les réserves en devises de la Chine sont devenues les premières du monde, devant celles du Japon, à 875,1 milliards de dollars. Elles pourraient atteindre 1 000 milliards de dollars d'ici à la fin de l'année, a prévenu un économiste de la banque centrale chinoise.
Produits d'investissements étrangers qui ne tarissent pas, et d'exportations toujours croissantes, ces réserves de change sont en partie placées par la banque centrale en bons du Trésor américain - un calcul, qui en cas d'appréciation du yuan, n'est pas le meilleur, d'où le désir des patrons de China Inc. de trouver des alternatives. Mais surtout, elles créent des surliquidités dans l'économie chinoise, qui est de nouveau en surchauffe.
C'est pour cette raison que la banque centrale a annoncé, jeudi 27 avril, une hausse des taux directeurs de 0,27 point pour les prêts à un an, la première depuis 2004. Quelque peu symbolique pour une économie dont le taux de croissance a atteint 10 % par an, ce resserrement des taux laisse deviner le retour des mesures de contrôle macro-économique, comme en 2004, ainsi - c'est ce qu'espèrent les économistes - que de nouvelles règles pour mieux encadrer le crédit. Rien qu'en mars, les nouveaux prêts accordés par les banques chinoises sont en augmentation de 50 % par rapport au même mois de l'année précédente. Pire, les banques ont prêté au premier trimestre 2006 autant que la banque centrale avait programmé qu'elles le feraient pour l'ensemble de l'année.
A la fois dirigiste et spéculatif, le mode de croissance chinois tend par nature à provoquer de dangereuses bulles : la gouvernance d'entreprises, les lois et les mécanismes de marché y sont à géométrie variable. En outre, l'euphorie qui a gagné le secteur bancaire chinois, courtisé par les banques du monde entier, a conduit paradoxalement à une vigilance amoindrie en matière de mauvaises créances : qui du surendettement caché de filiales ou d'actionnaires des groupes industriels chinois, s'alarment les analystes. Résultat : l'investissement productif a crû de presque 30 % en zone urbaine au premier trimestre 2006 par rapport à l'année précédente - une moyenne qui cache des taux beaucoup plus élevés dans certaines provinces côtières. De nouveau, les surcapacités guettent les secteurs de l'acier, l'aluminium, le ciment, l'automobile, le textile et même la grande distribution.
Tout est lié, au point de former, pour la Chine, l'équivalent d'un "piège macro-économique", comme l'explique l'économiste de Morgan Stanley, Andy Xie : "L'espoir d'une hausse du yuan a encouragé les surliquidités dans le secteur bancaire chinois. Ces surliquidités ont peut-être déjà créé une bulle de l'investissement, surtout dans le secteur immobilier. Quand ces espoirs s'inverseront, la Chine pourrait avoir droit à un atterrissage forcé. Mais c'est cette peur de l'atterrissage forcé qui pousse le gouvernement chinois à maintenir l'espoir d'une réévaluation du yuan. Ceci prolonge d'autant la bulle des investissements, et accroît la probabilité d'un atterrissage forcé." C'est en augmentant le revenu disponible des ménages, et la consommation, que la Chine pourra le mieux se tirer d'affaires, estime l'économiste. Gare à ceux qui sont séduits par les chiffres des ventes au détail : celles-ci ont augmenté de 12,8 % au premier trimestre de cette année. Mais une importante portion de ces ventes serait en fait liée aux investissements dans l'immobilier, un secteur qui dévore des produits de consommation et d'équipement.

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